Faire son deuil : ce qui aide et ce qui reste ouvert
Je suis prêtre vodun et bokonon du Fâ au temple de Sakété, au Bénin, et dans ma tradition, la mort n’est pas une affaire privée : elle engage la famille entière et elle demande que certaines choses soient faites. C’est pourquoi tant de personnes m’écrivent en disant qu’elles n’arrivent pas à faire son deuil alors que des années ont passé. Très souvent, quelque chose est resté ouvert. Voici ce que je regarde, ce que je peux accomplir au temple pour un défunt, ce que je ne ferai jamais, et ce qui aide réellement les vivants à traverser cela.
Qui vous répondraMaître LucWêtê Agbonon à l’état civil · Prêtre vodun et bokonon du FâPlus de trente ans de pratique au temple de Sakété, au Bénin
Votre satisfaction est sa préoccupation, pas votre paiement. Plus de trente ans de pratique au temple de Sakété : si un travail peut vous aider, Maître Luc vous le dit ; s’il ne peut rien pour vous, il vous le dit aussi et n’accepte pas votre argent.
Écrire à Maître LucFaire son deuil ne suit pas cinq étapes ordonnées : le chemin revient en arrière, et ces retours ne l’annulent pas.
Quand un deuil ne bouge pas depuis des années, un rite dû au défunt n’a souvent pas pu être accompli. C’est cela que Maître Luc examine et accomplit au temple de Sakété.
Il ne transmet aucun message et ne fait parler aucun mort. L’écoute et l’examen sont gratuits.
- Ce que je fais pour une personne en deuil
- Ce que j’accomplis au temple pour un défunt
- Ce que l’examen révèle quand un deuil ne bouge pas
- Le deuil n’est pas un escalier
- Les rites et ce qui reste ouvert
- Quand on n’a pas pu être là
- Ce qui change selon les circonstances
- Les deuils qu’on ne reconnaît pas
- Ce qui aide, jour après jour
- Les enfants et la mort
- Les dates qui reviennent
- Ce que je propose selon votre situation
- Si c’est quelqu’un de votre entourage
- Ce que racontent ceux qui ont traversé
- Questions fréquentes
Faire son deuil : ce que je fais pour vousUne écoute, un examen, et parfois un rite
Je m’appelle Maître Luc, Wêtê Agbonon à l’état civil. Je suis prêtre vodun et bokonon du Fâ, initié dans ma famille, et je travaille au temple de Sakété depuis plus de trente ans.
Faire son deuil : d’abord pouvoir raconter le mort
C’est ce dont les gens en deuil manquent le plus. Au bout de quelques mois, l’entourage cesse d’en parler, par pudeur ou par gêne, et l’endeuillé se retrouve seul avec un nom que plus personne ne prononce.
Alors quand vous m’écrivez, je vous demande de me parler de lui ou d’elle. Qui c’était, ce que vous faisiez ensemble, comment cela s’est passé, ce que vous n’avez pas pu dire. Cela n’est pas une formalité avant le travail : faire son deuil commence là, et c’est déjà une partie du travail, et cela ne se paie pas.
Ensuite, chercher ce qui est resté ouvert
Dans ma tradition, un défunt a droit à certaines choses de la part des vivants, et un vivant a besoin que ces choses aient été faites. C’est précisément ce que j’examine par le Fâ : non pas ce que le mort pense ou ce qu’il veut vous dire, mais ce qui n’a pas pu être accompli.
Cette distinction est essentielle et elle me sépare de tout un marché. Le Fâ ne fait pas parler les morts. Il regarde ce qui reste dû, et c’est une question tout à fait différente. Le déroulement complet de cet art est décrit dans le guide de la consultation du Fâ.
Enfin, accomplir ce qui doit l’être
Quand l’examen montre qu’un rite n’a pas eu lieu ou a été interrompu, je le conduis au temple, au nom de la personne qui n’a pas pu le faire. Les offrandes et les libations que la tradition prévoit pour les ancêtres, les prières adressées aux vodun de ma maison, la part donnée au défunt, et la veillée lorsque le cas le demande.
C’est un travail que je connais bien, parce que c’est l’un des plus anciens de ma maison : chez nous, accompagner les morts fait partie de ce qu’un bokonon apprend en premier.
Ce que je ne ferai jamais
Vous transmettre un message du défunt, vous dire qu’il souffre, qu’il n’est pas en paix, ou qu’il réclame quelque chose. C’est l’une des tromperies les plus cruelles de ce métier, parce qu’elle transforme un chagrin en angoisse et qu’elle se paie indéfiniment. Le sujet est traité en entier dans le guide sur les ancêtres.
Faire son deuil : ce que j’accomplis au templeLe déroulement, sans rien cacher
Beaucoup de gens m’écrivent depuis la France, la Belgique, la Suisse ou le Canada, à des milliers de kilomètres de la tombe. Voici comment cela se passe réellement.
Deux choses propres à ce sujet. Je n’annonce jamais qu’un rite apaisera votre chagrin : il règle ce qui est dû au défunt, ce qui est autre chose, et le chagrin, lui, demande du temps et des vivants autour de vous. Et si l’examen montre que tout a été accompli, je vous le dis et je n’accepte pas votre argent, même quand vous insistez, ce qui arrive souvent dans les deuils.
Ce que l’examen révèle quand un deuil ne bouge pasSix situations que je rencontre
Quand quelqu’un me dit qu’il n’arrive pas à faire son deuil après plusieurs années, voici ce que je trouve le plus souvent.
- Des funérailles auxquelles la personne n’a pas pu assister. C’est de très loin la première cause chez ceux qui vivent loin de leur pays. Le corps a été enterré sans eux, et quelque chose n’a jamais pu commencer.
- Un rite interrompu ou bâclé. Par manque d’argent, par précipitation, par un conflit qui a éclaté le jour même. Les familles en gardent une gêne dont personne ne parle ensuite.
- Une part qui n’a pas été donnée. Ce qui revenait au défunt selon la tradition et qui a été gardé, oublié ou détourné. Cela pèse sur ceux qui restent, et cela se répare.
- Un désaccord familial autour du corps ou de la tombe. Sur le lieu de l’enterrement, sur qui devait conduire quoi. Ces disputes-là bloquent le deuil de tous ceux qui y ont assisté.
- Une parole donnée au mourant et non tenue. Sur ce qu’on ferait après lui, sur quelqu’un dont on prendrait soin. Elle revient dans presque un cas sur trois.
- Et souvent, rien de tout cela. Tout a été accompli, et la personne vit un deuil qui prend simplement du temps. Je le lui dis, je n’accepte pas son argent, et nous parlons de ce qui aide les vivants, qui occupe la seconde moitié de cette page.
Les questions que je pose et que personne ne pose
Avez-vous vu le corps. Étiez-vous présent à l’enterrement, et sinon pourquoi. Qui a conduit les rites et étaient-ils complets. Y a-t-il eu une dispute ce jour-là. Que lui aviez-vous promis. Et une question que je pose toujours : y a-t-il quelque chose que vous n’avez pas pu lui dire.
Cette dernière question fait pleurer beaucoup de gens, et c’est précisément pour cela qu’elle est utile. Ce qui n’a pas été dit reste vivant tant qu’on ne l’a pas déposé quelque part.
Le deuil n’est pas un escalierCe que le modèle des cinq étapes vous fait croire
Une idée circule partout et elle fait beaucoup de mal à ceux qui essaient de faire son deuil : celle d’étapes à franchir dans l’ordre.
Pourquoi cette différence compte. Si vous croyez au modèle en escalier, chaque retour en arrière devient un échec personnel : vous pensiez avoir accepté, et voilà que la colère revient. Or ces retours ne sont pas des rechutes, ils sont le chemin lui-même. Beaucoup de gens que je reçois vont mieux dès qu’on leur dit cela, parce qu’ils cessent de se juger.
Ce qui est vrai, et ce qui ne l’est pas
- Les émotions décrites existent. Le refus, la colère, la tristesse, l’apaisement. Elles sont réelles et vous les reconnaîtrez.
- Elles n’arrivent pas dans l’ordre. Elles se mélangent, reviennent, se contredisent dans la même journée.
- Aucune n’est obligatoire. Certaines personnes ne connaissent jamais la colère, d’autres jamais le refus. Cela ne signifie pas qu’elles font mal.
- Il n’y a pas de fin. Le deuil ne se termine pas comme une maladie guérit. La douleur laisse peu à peu de la place au reste, et elle revient parfois des années après, brièvement.
- Aucune durée n’est normale. Ceux qui vous disent qu’après un an il faudrait aller mieux ne savent pas de quoi ils parlent.
Faire son deuil : les rites et ce qui reste ouvertÀ cocher honnêtement
Voici la liste que je parcours avec ceux qui n’arrivent pas à faire son deuil. Les usages varient d’une famille et d’une région à l’autre : cochez ce qui s’applique chez vous.
Comment lire ce tableau. Il ne mesure pas votre chagrin et il ne dit pas si vous avez bien fait les choses. Il désigne ce qui est resté ouvert, et ce qui est resté ouvert peut encore être fermé, même des années après. C’est la bonne nouvelle de ma tradition : le temps n’interdit pas de réparer. Une case non cochée n’est pas une faute, c’est une piste.
Ce qui peut encore être fait, même longtemps après
- Accomplir au temple ce qui n’a pas pu l’être. Au nom de celui qui était absent, avec son nom prononcé. C’est le travail que je conduis le plus souvent dans les deuils.
- Donner la part qui n’a pas été donnée. Dans les formes que la tradition prévoit, sans improviser.
- Réunir la famille autour d’une date. Même modestement, même des années après. Beaucoup de familles n’osent pas et attendent que quelqu’un le propose.
- Réparer une dispute survenue aux funérailles. Elle empoisonne souvent plusieurs deuils à la fois, comme le décrit le guide sur les successions.
- Tenir la promesse qu’on avait faite. Ou, quand elle n’est plus tenable, la dire ouvertement plutôt que de la porter en silence.
Quand on n’a pas pu être làLa blessure de ceux qui vivent loin
C’est la situation que je reçois le plus, et de très loin. Des personnes qui n’arrivent pas à faire son deuil parce qu’elles ont appris la mort au téléphone, à des milliers de kilomètres.
Pourquoi cela bloque à ce point
- Rien n’a marqué la mort dans votre corps. Vous n’avez pas vu le corps, pas touché le cercueil, pas jeté de terre. Une part de vous continue de l’attendre au bout du fil.
- Vous avez appris et vous êtes allé travailler. Beaucoup de gens me racontent cela : la nouvelle un matin, et la journée à finir parce qu’on ne peut pas s’arrêter.
- La famille vous en a voulu, ou vous le croyez. Même quand personne n’a rien dit, cette culpabilité s’installe et elle dure des années.
- Vous n’avez pas participé aux dépenses, ou seulement par transfert. Envoyer de l’argent pour un enterrement auquel on n’assiste pas laisse un goût que personne ne comprend.
- Vous n’avez jamais vu la tombe. Et tant que vous ne l’avez pas vue, quelque chose refuse de croire.
Ce qui répare, dans ma tradition
Chez nous, ce qui n’a pas pu être fait au moment voulu peut être accompli plus tard, au nom de celui qui était absent. C’est ancien, c’est prévu, et cela existe précisément parce que les gens ont toujours voyagé, été retenus, empêchés.
Concrètement, je conduis au temple ce qui aurait dû être fait, en prononçant votre nom et celui du défunt, avec les offrandes et les libations que la tradition prévoit. Beaucoup de personnes me disent ensuite que quelque chose s’est desserré, non parce que le chagrin a disparu, mais parce que leur place dans cette mort leur a été rendue.
Et ce que vous pouvez faire vous-même
- Organiser un moment chez vous. Le jour de l’anniversaire du décès, avec ceux qui sont ici. Un repas, une photographie, quelques mots dits à voix haute.
- Aller sur la tombe dès que possible. Même des années après. C’est le voyage que les gens repoussent le plus et qu’ils regrettent le moins d’avoir fait.
- Demander à quelqu’un sur place de vous filmer la tombe. Quand le voyage est impossible. Cela paraît dérisoire et cela aide réellement.
- Écrire à la famille ce que vous n’avez pas pu dire. Votre absence est souvent moins reprochée que vous ne le croyez.
Faire son deuil : pourquoi ma tradition insiste sur les rites
On me demande parfois pourquoi tant d’importance est donnée à des gestes, alors que le chagrin, lui, est intérieur. La réponse tient en peu de mots : chez nous, la mort n’est pas seulement une perte, c’est un passage, et un passage se conduit.
Celui qui part a droit à ce qui lui revient. Ceux qui restent ont besoin de savoir que cela a été fait. Et la famille entière a besoin d’un moment où tout le monde est réuni autour de la même chose, ce qui est précisément ce que les rites organisent.
C’est pourquoi une mort mal accompagnée pèse si longtemps, et pourquoi tant de gens sentent, sans pouvoir le nommer, que quelque chose n’a pas été terminé. Ce sentiment n’est ni une superstition ni une invention : il correspond à quelque chose de réel dans la manière dont nos familles fonctionnent.
Faire son deuil selon les circonstances de la mortToutes les morts ne se pleurent pas pareil
La façon dont quelqu’un est mort change entièrement la façon dont on peut faire son deuil, et personne ne le dit jamais aux familles.
- Une mort attendue, après une longue maladie. Le deuil a commencé avant le décès, et il s’accompagne souvent d’un soulagement dont on a terriblement honte. Ce soulagement est normal et il ne trahit personne.
- Une mort brutale. Accident, malaise, en quelques minutes. Rien n’a pu être dit, et l’esprit met des mois à admettre ce que la nouvelle a annoncé en une phrase.
- Une mort violente. Elle ajoute la colère, parfois une procédure, souvent des images. Un accompagnement professionnel est ici particulièrement utile, et des associations d’aide aux victimes existent.
- La mort d’un enfant. Elle inverse l’ordre des choses et elle est reconnue comme le deuil le plus lourd. Des associations de parents existent partout, et elles sont d’une aide que rien d’autre ne remplace.
- Une mort dans des circonstances taboues. Ce dont la famille ne parle pas, ce qu’on cache aux enfants, ce qu’on tait à la communauté. Le silence rend ces deuils bien plus longs, et il faut au moins une personne à qui dire la vérité.
- Une disparition sans corps. Migration, naufrage, personne jamais retrouvée. C’est le deuil le plus difficile de tous, parce qu’il n’a jamais commencé, et ma tradition connaît des gestes pour cela.
Dans tous ces cas, je pose la même question au début : comment est-il mort, et qu’avez-vous vu. Non par curiosité, mais parce que la réponse détermine entièrement ce qu’il est possible de faire ensuite.
Les deuils qu’on ne reconnaît pasCeux dont personne ne parle
Certaines pertes ne donnent droit à aucune condoléance, et elles sont pourtant très lourdes. Il faut les nommer, parce que ceux qui les vivent croient n’avoir pas le droit de souffrir.
- La perte d’un enfant avant la naissance. Fausse couche, enfant mort-né. L’entourage passe à autre chose en quelques jours, la mère et le père restent seuls avec cela pendant des années.
- Un ancien conjoint qui meurt. On n’a plus de statut pour le pleurer, et pourtant on a partagé une vie.
- Un ami, quand on n’est pas de la famille. On n’est pas au premier rang, on n’est parfois même pas prévenu.
- Une personne avec qui on était brouillé. C’est l’un des deuils les plus difficiles, parce que la culpabilité s’ajoute à la perte et que plus rien ne peut être réparé entre vivants.
- Une relation cachée. Quelqu’un qu’on aimait sans que personne ne le sache. Le chagrin doit alors se vivre en silence complet.
- Un animal qui accompagnait la vie de quelqu’un de seul. On s’en moque souvent, et c’est parfois la seule présence quotidienne qui restait.
Dans tous ces cas, la règle est la même : la légitimité de votre chagrin ne dépend pas de ce que les autres reconnaissent. Et ces deuils-là se traitent comme les autres, y compris dans ma tradition.
Ce qui se pleure sans être vuFaire son deuil : ce qui aide jour après jourEt quand il faut consulter
Un rite règle ce qui est dû au défunt. Le chagrin, lui, se traverse avec les vivants, et voici ce qui aide réellement à faire son deuil.
Ce qui aide. Parler de lui, souvent, avec ceux qui l’ont connu. Garder quelques objets, pas tous. Reprendre des horaires réguliers pour le sommeil et les repas. Sortir un peu chaque jour, même sans envie. Écrire ce que vous n’avez pas pu dire. Et accepter l’aide qu’on vous propose les premières semaines, car elle cessera vite d’être proposée.
Ce qui n’aide pas. Se forcer à être fort devant les enfants, prendre des décisions importantes dans les six premiers mois, vider la chambre en une journée, et boire davantage pour dormir.
Consultez un médecin si : vous ne dormez plus depuis des semaines, vous ne mangez plus, vous ne pouvez plus travailler ni vous occuper de vos enfants, vous vous isolez complètement, ou la douleur ne laisse aucune place au reste après de longs mois. Le deuil compliqué existe, il est connu, et il se soigne.
Des associations de personnes endeuillées existent dans la plupart des pays, avec des groupes de parole gratuits, y compris pour la perte d’un enfant ou d’un conjoint. Y aller n’est pas un aveu de faiblesse : c’est souvent le premier endroit où l’on est compris sans avoir à expliquer.
Et si vous en arrivez à penser que votre vie n’a plus de sens sans cette personne, parlez-en aujourd’hui à un médecin, à un proche ou à une ligne d’écoute. Cela passe avant tout le reste de cette page, et avant de m’écrire.
Les enfants et la mortCe qu’on croit les protéger et qui les abîme
Beaucoup de familles me demandent quoi dire aux enfants. Voici ce que je conseille, et cela vaut dans toutes les traditions.
Aider un enfant à faire son deuil : ce qu’il faut faire
- Dire la vérité avec des mots simples. Il est mort, il ne reviendra pas. Les formules comme il est parti ou il dort produisent des peurs durables, notamment celle de dormir ou de voir quelqu’un partir en voyage.
- Leur proposer d’assister, sans les forcer. Un enfant qui a pu être présent comprend mieux qu’un enfant écarté, à condition qu’on lui explique avant ce qu’il verra.
- Répondre aux questions, même répétées. Les enfants reviennent sur le sujet pendant des mois, par petites touches. Chaque question est une étape.
- Leur montrer qu’on pleure. Un adulte qui ne pleure jamais apprend à l’enfant qu’il ne faut pas.
- Maintenir le cadre habituel. École, repas, horaires. C’est ce qui rassure le plus.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Leur dire que le défunt les regarde et les juge. C’est terrifiant à cet âge, même dit avec de bonnes intentions.
- Leur faire porter une mission. Tu es l’homme de la maison maintenant. Cette phrase abîme des enfances entières.
- Les écarter de tout. Ils comprennent qu’il se passe quelque chose et imaginent souvent pire.
- Leur faire croire à une faute. Un enfant croit facilement que sa colère ou sa désobéissance a causé la mort. Il faut le lui dire explicitement, même s’il ne le demande pas.
Et si un enfant change durablement de comportement, cesse de jouer, régresse ou refuse l’école pendant des semaines, parlez-en au médecin qui le suit. Cela se prend en charge très bien.
Faire son deuil : les dates qui reviennentSe préparer plutôt que les subir
Ceux qui essaient de faire son deuil sont presque tous surpris par la violence de certains jours, parce que personne ne les avait prévenus.
Les six moments les plus durs
- L’anniversaire du décès. Le premier surtout, et souvent les jours qui le précèdent plus que le jour lui-même.
- Son anniversaire à lui. Beaucoup de gens ne savent pas quoi en faire, et l’appréhendent en silence.
- Les fêtes de fin d’année. La place vide à table, les habitudes qui reviennent d’elles-mêmes.
- Les grands événements de famille. Un mariage, une naissance, une réussite. Ce sont les joies qui font le plus mal, parce qu’il n’est pas là pour les voir.
- Le jour où l’on range ses affaires. Il arrive souvent bien plus tard qu’on ne l’imagine, et il ne faut surtout pas le précipiter.
- Le moment où les autres passent à autre chose. Vers le troisième ou le quatrième mois. C’est là que la solitude commence réellement.
Comment les préparer
- Décidez à l’avance ce que vous ferez ce jour-là. Ne le laissez pas arriver sans plan : c’est ce qui fait la différence entre traverser et subir.
- Prévenez une personne. Une seule, qui saura pourquoi vous n’allez pas bien cette semaine-là.
- Faites quelque chose pour lui. Un repas qu’il aimait, une visite, un geste selon votre tradition. Dans ma famille, on donne une part ce jour-là.
- N’exigez rien de vous-même. Ni de travailler normalement, ni d’être présentable, ni d’être fort.
Les familles qui instituent une date annuelle, même simple, décrivent presque toutes le même effet : le reste de l’année devient plus supportable, parce que le chagrin a un lieu et un moment qui lui appartiennent.
Ce que je propose selon votre situationQuatre cas parmi ceux qui m’arrivent
Toutes les personnes qui n’arrivent pas à faire son deuil ne reçoivent pas la même réponse de ma part.
Vous n’avez pas pu assister aux funérailles
Ce que je fais : c’est la situation où mon travail est le plus direct. J’examine ce qui n’a pas pu être accompli du fait de votre absence, puis je conduis au temple ce qui devait l’être, en votre nom et en prononçant celui du défunt, avec les offrandes et les libations que la tradition prévoit. Et je vous indique le geste que vous pouvez faire chez vous, le même jour.
Le décès date de plusieurs années et rien ne bouge
Ce que je fais : nous reprenons la liste des rites, point par point, parce qu’il y a presque toujours une case non cochée que personne n’avait remarquée. L’examen dit ensuite si c’est bien là que se trouve le nœud. Quand oui, cela s’accomplit, même dix ans après. Quand non, je vous le dis et je vous oriente vers un accompagnement, parce que c’est de cela que vous avez besoin.
La famille s’est déchirée autour du décès
Ce que je fais : j’examine ce qui s’est rompu ce jour-là, car une dispute survenue pendant des funérailles laisse une marque particulière dans ma tradition. Il existe des gestes pour cela. Et je vous conseille sur l’aîné à solliciter, parce qu’une part se règle entre vivants et ne se règle qu’ainsi.
Vous voulez lui parler une dernière fois
Ce que je fais : je vous dis franchement que je ne ferai pas cela. Je ne transmets aucun message et je ne fais parler aucun mort, et celui qui vous le propose profitera de votre chagrin aussi longtemps qu’il durera. Ce que je peux, en revanche : vous aider à lui dire ce que vous avez à lui dire, dans les formes que ma tradition prévoit pour s’adresser aux ancêtres. Ce n’est pas la même chose, et beaucoup de gens y trouvent ce qu’ils cherchaient.
Ces quatre cas montrent comment je travaille : la même méthode pour tous, une réponse différente pour chacun, et jamais un rite vendu à quelqu’un qui n’en a pas besoin.
Aider un proche à faire son deuilCe qu’il faut dire, et ce qu’il ne faut pas
Beaucoup de gens m’écrivent non pour eux-mêmes mais pour un proche qui n’arrive pas à faire son deuil, et qui ne demande rien.
Les sept phrases qui blessent, même dites avec amour
- « Il faut tourner la page. » Cela demande d’abandonner quelqu’un, et c’est ainsi que la personne l’entend.
- « Le temps arrangera les choses. » C’est vrai en partie, et cela ne console personne aujourd’hui.
- « Il ne souffre plus. » Ce n’est pas de sa souffrance à lui qu’il s’agit.
- « Tu es jeune, tu referas ta vie. » Dite à un veuf ou une veuve, elle balaie ce qui vient d’être perdu.
- « Sois forte, tes enfants ont besoin de toi. » Elle interdit de pleurer et charge d’un devoir supplémentaire.
- « Au moins il n’a pas souffert. » Ou l’inverse. Les au moins ne consolent jamais.
- « Tu devrais avoir tourné la page depuis le temps. » C’est la phrase qui coupe le plus de liens entre un endeuillé et son entourage.
Ce qui aide vraiment
- Prononcer le nom du mort. C’est ce que les endeuillés réclament le plus et que personne n’ose faire.
- Raconter un souvenir de lui. Même un souvenir banal. C’est un cadeau immense.
- Proposer quelque chose de précis. Je passe dimanche à quinze heures, plutôt que dis-moi si tu as besoin.
- Revenir au troisième mois. Quand tout le monde a cessé d’appeler. C’est là qu’on est le plus utile.
- Se souvenir de la date anniversaire. Un simple message ce jour-là compte plus que tout le reste.
- Ne pas se vexer d’être repoussé. Un endeuillé n’a pas toujours la force, et il se souviendra que vous étiez là.
Et si vous vous inquiétez réellement pour cette personne, si elle ne mange plus, ne sort plus, ou dit que rien n’a plus de sens, ne restez pas seul avec cette inquiétude : parlez-en à son médecin ou à un proche de confiance.
Une remarque encore avant les derniers constats. Faire son deuil ne signifie pas refermer une porte : cela signifie donner à quelqu’un une place qui ne fasse plus mal en permanence. Ma tradition s’y emploie depuis toujours, avec des gestes précis et sans jamais prétendre supprimer le chagrin. C’est ce que je vous propose, et rien de plus.
Ce que racontent ceux qui ont traverséHuit constats
Beaucoup de personnes m’écrivent des années après. Voici ce qui revient dans leurs récits.
- Ce n’est pas passé, cela a changé de place. Presque tous emploient une formule de ce genre. La douleur n’a pas disparu, elle occupe moins de terrain.
- Le rite accompli tard a compté. Ceux qui ont pu faire accomplir ce qui n’avait pas eu lieu décrivent un desserrement, souvent le jour même.
- Parler de lui a été le plus efficace. Régulièrement, avec ceux qui l’ont connu, et sans que l’entourage change de sujet.
- Les dates anniversaires restent difficiles. Longtemps, et cela ne signifie pas que rien n’avance. Ceux qui les préparent les traversent mieux.
- Beaucoup ont eu besoin d’aide. Un professionnel, un groupe de parole, une association. Presque aucun ne l’avait envisagé au début.
- Les décisions prises trop tôt ont été regrettées. Déménagements, ventes, ruptures. Le conseil d’attendre six mois revient dans presque tous les récits.
- La culpabilité a été plus longue que la tristesse. Ce qu’on n’a pas dit, pas fait, pas vu venir. C’est souvent la dernière chose à s’apaiser.
- Personne ne regrette d’avoir demandé si quelque chose restait dû. Y compris ceux à qui j’ai répondu que tout avait été accompli : savoir cela les a libérés d’un doute qu’ils portaient depuis des années.
Une dernière chose, pour celui ou celle qui lira cette page tard le soir. Dans ma tradition, on ne demande pas aux vivants d’oublier leurs morts : on leur demande de leur donner une place. Ce n’est pas la même chose, et c’est beaucoup plus supportable. Faire son deuil, chez nous, ce n’est pas cesser d’aimer quelqu’un : c’est apprendre à l’aimer autrement, en lui rendant ce qui lui revient.
Ce que je fais : je vous écoute moi-même, gratuitement et sans limite de temps, je vous laisse parler du défunt aussi longtemps que vous en avez besoin, j’examine par le Fâ si quelque chose lui reste dû, et j’accomplis au temple de Sakété ce qui n’a pas pu l’être. Le montant est annoncé une seule fois, par écrit, avant.
Mes règles : je ne transmets aucun message d’un défunt, je ne dis jamais qu’il souffre ou qu’il réclame quelque chose, et je ne relance jamais une personne en deuil. Si tout a été accompli, je vous le dis et je n’accepte pas votre argent. Aucun résultat n’est promis et aucun délai n’est annoncé, par principe.
Initié par transmission familiale, plus de trente ans de pratique au temple de Sakété, consultations à distance depuis la France, la Belgique, la Suisse et le Canada. Apparaît comme prêtre vaudou dans un reportage de France 24 tourné à Gogotinkpon, le village de sa mère. Son parcours complet.
Questions fréquentesLes réponses courtes, sans détour
Non. Les émotions reviennent en désordre et se mélangent. Les retours en arrière font partie du chemin, ils ne l’annulent pas.
Je vous laisse parler du défunt, j’examine par le Fâ si quelque chose lui reste dû, et j’accomplis au temple ce qui n’a pas pu l’être.
C’est la situation que je reçois le plus. Dans ma tradition, ce qui n’a pas pu être fait au moment voulu peut l’être plus tard, au nom de celui qui était absent.
Aucune durée normale n’existe. Ce qui compte n’est pas le temps écoulé mais la place que la douleur laisse peu à peu au reste de la vie.
On s’adresse aux ancêtres et on leur rend ce qui leur est dû. Ce n’est pas la même chose que de faire parler un mort, ce que je refuse et ne vends pas.
Quand le sommeil, l’alimentation ou le travail restent durablement touchés. Le deuil compliqué existe et il se soigne, et des associations gratuites existent.
Votre nom, votre date de naissance et une photographie de vous, ainsi que le nom du défunt et la date du décès. Rien n’est publié ni transmis.
L’écoute et l’examen ne coûtent rien. Si tout a été accompli, je vous le dis et je n’accepte pas votre argent, même si vous insistez.
Parlez-moi de la personne que vous avez perdue
Qui c’était, quand cela s’est passé, et ce qui n’a pas pu être fait. Je réponds moi-même, l’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits, et je ne vous relancerai jamais.
Gratuit · confidentiel · sans engagement · plus de trente ans de pratique au temple de Sakété.Aucun résultat n’est promis ni garanti, aucun délai n’est annoncé, par principe.


