Famille au pays : donner sans se détruire
Je suis marabout et prêtre vodun au temple de Sakété, au Bénin, et voici ce que personne ne dit à voix haute : beaucoup de ceux qui m’écrivent d’Europe s’épuisent pour leur famille au pays, et n’osent en parler ni ici ni là-bas. Ils envoient, ils empruntent pour envoyer, et ils passent pour ingrats quand même. Je ne viens pas vous dire d’arrêter d’aider les vôtres : cela ne se fait pas chez nous et ce n’est pas ce que je pense. Je viens vous dire pourquoi le pont cède, et ce qui le tient debout.
Qui vous répondraMaître LucWêtê Agbonon à l’état civil · Marabout et prêtre vodun, bokonon du FâPlus de trente ans de pratique au temple de Sakété, au Bénin
Votre satisfaction est sa préoccupation, pas votre paiement. Plus de trente ans de pratique au temple de Sakété : si un travail peut vous aider, Maître Luc vous le dit ; s’il ne peut rien pour vous, il vous le dit aussi et n’accepte pas votre argent.
Écrire à Maître LucAider sa famille au pays n’use pas à cause de la somme, mais à cause du flou : ce qui n’a jamais été annoncé, tenu, ni dit.
Trois piliers tiennent le pont. Quand l’un manque, tout le monde souffre des deux côtés, et personne ne comprend pourquoi.
Maître Luc n’agit jamais contre un membre de votre famille et ne promet aucune rentrée d’argent. L’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits.
Sur ce sujet, la demande arrive souvent dans les mêmes mots : faites qu’ils me laissent tranquille, faites que mon frère cesse de demander.
Je n’agis jamais contre un membre de votre famille. Ni un frère, ni une mère, ni un oncle, quelle que soit la somme proposée. Ce qui atteindrait les vôtres vous atteindrait en premier, et vous le sauriez toute votre vie.
Je ne dirai jamais qu’un proche vous prend délibérément. Cette phrase se vend cher et elle détruit des familles entières. Dans presque tous les dossiers que je reçois, personne ne vole personne : les deux côtés se comprennent mal, et cela suffit à tout casser.
Je ne promets aucune rentrée d’argent. Aucun rite ne fait apparaître un salaire, ne trouve un travail à votre place ni ne rembourse une dette. Celui qui vous le promet vise ce qui vous reste.
Ce que je peux : vous aider à voir quel pilier manque, et regarder ce qui a été promis au moment de votre départ et jamais réglé depuis.
- Le pont et ses trois piliers
- Le relevé des envois
- Le malentendu des deux côtés
- Les douze règles qui tiennent le pont
- Comment annoncer qu’on baisse
- Ce que je fais pour vous
- Le travail au temple, étape par étape
- Ce que l’examen révèle
- Quand on emprunte pour envoyer
- Ce que vos enfants d’ici en retiennent
- Le retour au pays et le rang
- Ce que je propose selon votre situation
- Questions fréquentes
Famille au pays : le pontDeux rives, et trois piliers
Voici l’image que j’emploie avec tous ceux qui m’écrivent au sujet de leur famille au pays, et elle change souvent la conversation en une phrase.
Pourquoi un pont et pas une balance. Parce qu’un pont ne cède pas sous la charge : il cède quand un pilier manque. J’ai vu des gens qui envoyaient peu et dont la famille au pays était en paix, et d’autres qui se saignaient et qu’on accusait quand même. La différence n’était jamais la somme.
Famille au pays : le relevé des envoisSeize points à regarder honnêtement
Voici la liste que je parcours avec ceux qui me parlent de leur famille au pays. Cochez ce qui est vrai aujourd’hui.
Ce que ce relevé sert à voir. Pas si vous devez donner plus ou moins : personne d’autre que vous ne peut en décider. Seulement quel pilier manque, parce que c’est là que tout se joue. Et si vous avez coché la première case de la dernière famille, allez lire directement la section sur l’emprunt.
Famille au pays : le malentendu des deux côtésCe que chacun ne voit pas de l’autre
Presque tous les conflits autour d’une famille au pays viennent de là, et de rien d’autre.
Ce qu’on ne voit pas d’ici
- Là-bas, un envoi fait vivre plusieurs personnes. Une famille au pays partage tout ce qui arrive. Pas seulement celui qui reçoit : ses enfants, un cousin, une vieille tante. Vous envoyez à une personne, la somme se partage entre huit.
- Votre départ a coûté à toute la famille au pays. Beaucoup de gens sont partis avec l’argent réuni par plusieurs, parfois avec une terre vendue. Ce que vous vivez comme un effort personnel est vu là-bas comme un investissement collectif.
- Refuser publiquement humilie. Dans une famille au pays, cela se raconte pendant des années. Un non dit devant d’autres met votre interlocuteur en position impossible. Le même non, dit seul à seul, passe.
- On ne demande pas toujours pour soi. Dans une famille au pays, celui qui appelle a souvent été poussé. Souvent, celui qui appelle a été poussé par un autre et n’ose pas le dire.
Ce qu’ils ne voient pas de là-bas
- Le loyer mange presque tout. C’est ce qu’une famille au pays a le plus de mal à se représenter. C’est ce qui est le plus difficile à faire comprendre. Le chiffre de votre salaire, converti là-bas, paraît énorme. Ce qui reste après le loyer et les charges ne l’est pas.
- On ne choisit pas ses heures. Ni son travail, ni son logement, ni le fait de vivre loin de ses enfants une partie de la semaine.
- Les images mentent. Une famille au pays juge sur ce qu’on publie. Les photographies de vacances, les voitures, les habits des fêtes : tout le monde poste ce qui brille. Vous n’êtes pas le seul à cacher vos fins de mois.
- Une dette ici ne se voit pas. Aucune famille au pays n’imagine qu’on puisse avoir un logement et rien du tout. Là-bas, on n’imagine pas qu’on puisse avoir une voiture, un logement et rien du tout.
- Le retour coûte cher. Une famille au pays ne mesure pas le prix des billets. Ne pas rentrer pendant six ans n’est pas de l’indifférence : c’est souvent le prix des billets pour toute une famille.
Les 12 règles qui tiennent le pontCe que je conseille à tous
Voici ce qui apaise réellement une famille au pays, et rien de tout cela ne coûte un centime de plus.
- Annoncez une somme, une fois, et une période. C’est ce qui apaise le plus une famille au pays. Voilà ce que j’envoie chaque mois, à telle date, jusqu’à telle échéance. C’est la règle qui change le plus de choses, et presque personne ne la pose.
- Choisissez un seul interlocuteur. Une famille au pays qui parle d’une seule voix demande moins. Une personne qui reçoit et qui répartit, désignée par la famille, de préférence un aîné respecté. Sans cela, chacun vous appelle séparément et vous payez trois fois la même chose.
- Tenez ce que vous annoncez, exactement. Une famille au pays retient les dates mieux que les sommes. Mieux vaut annoncer peu et tenir. Un envoi attendu qui n’arrive pas bloque parfois une scolarité, et cela vous coûte plus en confiance que la somme en argent.
- Séparez l’ordinaire et l’exceptionnel. Le mensuel d’un côté, et de l’autre les événements : un décès, une hospitalisation, une rentrée scolaire. On ne mélange pas les deux, sinon tout devient urgent.
- Prévoyez une réserve pour les urgences. Toute famille au pays en a une ou deux par an. Une petite somme mise de côté toute l’année. Sans elle, chaque imprévu se paie par un crédit ici, et c’est ainsi que les gens s’enfoncent.
- Demandez des nouvelles de ce qui a été fait. Pas des comptes d’huissier : une nouvelle. L’enfant est-il inscrit, le traitement a-t-il été acheté. Demander poliment est normal et cela responsabilise.
- Ne cachez pas vos difficultés. Une famille au pays qui ne sait rien imagine toujours le pire ou le meilleur. C’est le conseil le plus difficile à suivre et le plus important. Dire une fois que ça va mal évite dix ans de malentendu.
- Ne dites jamais non devant tout le monde. Une famille au pays n’oublie pas une humiliation publique. Ni au téléphone en groupe, ni dans la discussion de famille. Seul à seul, avec l’interlocuteur désigné.
- Ne comparez pas avec vos frères et sœurs. Ni ce qu’ils envoient, ni ce qu’ils ne font pas. Cette comparaison n’a pas de fin et elle ne rapporte rien.
- Gardez quelque chose pour vous. C’est ce qui vous permettra d’aider votre famille au pays longtemps. Un peu de côté, une assurance, une retraite. Ceux qui n’ont rien mis de côté pendant vingt ans deviennent à leur tour une charge, et c’est la pire chose qui puisse arriver aux deux rives.
- Faites savoir ce que vous faites déjà. Beaucoup envoient dix ans sans que la famille au pays sache le total. Beaucoup de gens envoient depuis des années sans que personne ne sache le total. Ce n’est pas de la vantardise que de rappeler une fois ce qui a été fait.
- Rendez visite si vous le pouvez, même court. Une famille au pays qui ne vous voit jamais vous imagine. Une présence règle en trois jours ce que dix ans d’envois n’ont pas réglé. Ceux qui ne rentrent jamais deviennent une idée, et une idée n’a pas de limites.
Famille au pays : comment annoncer qu’on baisseLa conversation que tout le monde repousse
C’est ce qu’on me demande le plus. Voici comment dire à sa famille au pays qu’on ne peut plus tenir le même rythme.
Avant la conversation
- Décidez d’un chiffre et d’une durée. Avant d’appeler, pas pendant. Une somme que vous pourrez tenir même un mois difficile, et pour combien de temps.
- Choisissez la bonne personne. Dans une famille au pays, la plus solide, pas la plus proche. Celle qui parle pour la famille et qui sera écoutée. Pas la plus proche affectivement : la plus solide.
- Choisissez le bon moment. Jamais un jour de deuil, de fête, ni juste avant une rentrée scolaire. Et jamais dans l’urgence d’une demande.
- Préparez une seule phrase. Celle que vous direz en premier. Elle donnera le ton de tout le reste.
Pendant
- Dites le chiffre d’emblée. Sans préambule de dix minutes. Le préambule fait croire à une négociation.
- Donnez une raison, une seule, et vraie. Le travail a changé, le loyer a monté, un enfant est arrivé. Une raison vraie et courte se retient ; cinq excuses sonnent faux.
- Ne vous excusez pas longuement. Vous n’avez rien volé à personne. Un regret sincère et court, puis on passe à la suite.
- Dites ce qui ne change pas. C’est ce qui rassure une famille au pays. Ce que vous continuerez à faire, absolument. C’est cela qui rassure, bien plus que les explications.
- Acceptez la première réaction. Dans une famille au pays, cela retombe souvent en quelques jours. Elle sera souvent dure, parfois blessante. Ne répondez pas dans l’instant. Dans la plupart des familles, cela retombe en quelques jours.
Après
- Tenez exactement ce que vous avez annoncé. Le premier mois décide de tout avec une famille au pays. Le premier mois surtout. C’est là que se joue toute la crédibilité de la suite.
- Ne rattrapez pas en cachette. Envoyer un supplément discret à quelqu’un annule tout et vous replace au point de départ.
- Redites-le une deuxième fois, un mois après. Beaucoup de gens n’entendent pas la première fois, ou croient que c’était passager.
- Et gardez le lien. Appelez votre famille au pays sans qu’il soit question d’argent. Appelez pour prendre des nouvelles, pas seulement pour parler d’argent. C’est ce qui empêche que la relation ne devienne une caisse.
Famille au pays : ce que je faisConcrètement, et à ma place
Je m’appelle Maître Luc, Wêtê Agbonon à l’état civil. Je suis prêtre vodun et bokonon du Fâ, initié dans ma famille, et je travaille au temple de Sakété depuis plus de trente ans. On m’écrit d’Europe en cherchant un marabout : c’est le mot qu’on emploie là-bas, et voici ce qu’il recouvre chez moi.
Famille au pays : je connais les deux rives
C’est peut-être le seul sujet où je peux dire que je vois les deux côtés sans avoir à l’imaginer. Je vis au Bénin, je vois ce que les familles attendent de ceux qui sont partis. Et je reçois chaque semaine des messages de gens qui, en Europe, n’arrivent plus à suivre et n’osent le dire à personne.
Je ne vous dirai donc ni que vous en faites trop, ni que vous n’en faites pas assez. Je réponds moi-même, et cette écoute est gratuite.
Nous cherchons ensemble quel pilier manque
Ce qui n’a jamais été annoncé, ce qui n’est pas tenu, ce qui n’est pas dit. Dans la majorité des cas, la conversation s’arrête là : vous repartez avec un chiffre à annoncer et une personne à qui le dire, sans avoir rien payé.
J’examine par le Fâ ce qui est resté ouvert depuis le départ
Je procède à l’examen par le Fâ, l’art divinatoire de ma tradition et le cœur de mon métier de bokonon. Il porte sur vous, sur votre départ et sur votre lignée. Il ne porte jamais sur un membre de votre famille : je ne demande ni son nom ni sa photographie, et l’examen ne désigne personne.
Ce que le Fâ regarde relève de ce que ma tradition sait traiter : un départ fait sans que rien n’ait été demandé aux anciens, une bénédiction jamais accordée, une promesse faite avant de partir et jamais tenue, une part réunie par plusieurs et jamais reconnue, un mort de la famille mal accompagné pendant que vous étiez loin. Le déroulement est décrit dans le guide de la consultation du Fâ. Cet examen est gratuit.
Et je conduis les rites qui referment un départ
Quand l’examen montre quelque chose, je conduis au temple les gestes que ma tradition prévoit : les prières adressées aux vodun de ma maison, les offrandes déposées, les libations versées pour les anciens de votre lignée, et la veillée quand le cas le demande. Ce travail porte sur vous et sur ce qui est resté ouvert, jamais contre quelqu’un des vôtres.
Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après. Le montant est annoncé une seule fois, par écrit, avant de commencer, et il ne bouge plus. Je ne prends votre argent que si je peux agir.
Le travail au temple, étape par étapePour que vous sachiez à quoi vous attendre
Voici le déroulement complet d’un travail sur une famille au pays quand on m’écrit depuis la France, la Belgique, la Suisse ou le Canada.
Deux choses propres à ce sujet. Je ne conduis aucun travail destiné à faire cesser les demandes d’un proche : cela n’existe pas, et ceux qui le vendent visent des gens déjà à sec. Et je ne prends pas l’argent de quelqu’un qui emprunte déjà pour envoyer au pays, ce qui arrive plus souvent qu’on ne l’imagine.
Famille au pays : ce que révèle l’examenSix choses que le Fâ met au jour
Voici ce qui ressort le plus souvent quand j’examine quelqu’un épuisé par sa famille au pays.
- Un départ fait sans rien demander aux anciens. C’est ce que je trouve le plus derrière une famille au pays en conflit. C’est le premier, et de très loin. On est parti vite, ou en cachette, ou parce que quelqu’un s’y opposait. Rien n’a été demandé, rien n’a été donné, et cela reste ouvert des années. C’est développé dans le guide sur la bénédiction des parents.
- Une promesse faite avant de partir. Toute famille au pays s’en souvient mot pour mot. Je reviendrai dans deux ans, je paierai les études du petit, je construirai pour maman. Chez nous, ce qui est dit avant un voyage pèse, et cela se rappelle sans qu’on sache pourquoi.
- Une part réunie par plusieurs et jamais reconnue. Le billet payé par un oncle, la terre vendue par un frère. Tant que cela n’a pas été nommé une fois, chacun garde son compte en tête.
- Un mort mal accompagné pendant votre absence. Des funérailles suivies par téléphone, une part des rites non accomplie. C’est traité dans le guide sur le deuil.
- Une parole prononcée sur celui qui est parti. Elle vient souvent de la famille au pays, le jour du départ. Un jour de dispute, devant témoins, souvent au moment du départ. Elle pèse longtemps sur celui qui l’a reçue.
- Et très souvent, rien à traiter de mon côté. Une famille nombreuse, un salaire ordinaire, et un pilier qui manque. Cela demande une conversation et du courage, pas un rite. Je le dis franchement et je n’accepte pas votre argent.
Les questions que je pose et que personne ne pose
Qui a payé votre voyage. Qui savait que vous partiez. Qu’avez-vous promis avant de monter dans l’avion. Vos parents vous ont-ils donné leur parole, tous les deux. Y a-t-il eu un décès depuis, et avez-vous pu être là. Et une question qui surprend toujours : depuis combien de temps n’avez-vous pas appelé quelqu’un du pays sans qu’il soit question d’argent.
Cette dernière ouvre beaucoup de choses. Quand tous les appels finissent par une demande, les deux côtés finissent par ne plus s’appeler du tout, et c’est là que le pont s’écroule vraiment.
Famille au pays : quand on emprunte pour envoyerLe point de bascule
C’est la situation la plus grave que je rencontre autour d’une famille au pays, et celle dont on parle le moins.
Comment cela s’installe
- Une urgence, une seule fois. Toute famille au pays en connaît. Une hospitalisation, un décès, une inscription. On prend un petit crédit en se disant que c’est exceptionnel.
- Puis on emprunte pour rembourser. La famille au pays n’en saura jamais rien. Un second crédit couvre le premier, souvent à des conditions bien pires. C’est le tour où tout se referme.
- Personne ne le sait. Ni la famille au pays, ni celle d’ici. Ni là-bas, où l’on continue de vous croire à l’aise, ni ici, où l’on cache à son conjoint ce qu’on envoie.
- On continue quand même. Parce qu’arrêter reviendrait à avouer, et que l’aveu paraît pire que la dette.
- Et l’on finit par ne plus rien pouvoir. Pour eux comme pour soi. C’est exactement ce qu’on voulait éviter.
Ce qu’il faut faire, dans cet ordre
- Arrêtez d’emprunter pour envoyer. Aujourd’hui, pas au prochain virement. Aucune urgence là-bas ne justifie de vous détruire ici, parce qu’un pont effondré ne porte plus personne.
- Faites le compte, une fois, par écrit. Tout ce que vous devez et à qui. C’est dur et c’est ce qui permet de reprendre la main.
- Voyez un travailleur social ou une association budgétaire. C’est gratuit, confidentiel, et cela existe partout en France. Beaucoup de dettes se rééchelonnent, et le sujet est traité dans le guide sur les dettes.
- Dites-le à votre conjoint. C’est ce qui casse le plus de couples autour d’une famille au pays. Avant qu’il ne l’apprenne autrement. C’est ce qui casse le plus de couples dans la diaspora, bien plus que la somme elle-même.
- Puis annoncez à votre famille au pays. Une fois votre situation stabilisée, avec un chiffre tenable. Pas dans la panique.
- Et ne vous laissez pas vendre un remède. Ni un rite qui ferait rentrer de l’argent, ni un travail pour que la famille cesse de demander. Cela n’existe pas, et je serais le premier à en profiter si cela existait.
Famille au pays : le retour et le rangCe que coûtent trois semaines de vacances
C’est le moment de vérité entre vous et votre famille au pays, et beaucoup s’y ruinent en trois semaines.
Ce qui se passe au retour
- Tout le monde sait que vous êtes là. Une famille au pays apprend un retour en deux jours. En deux jours, et les demandes arrivent en file. Ce n’est pas de la méchanceté : c’est la seule occasion de l’année de vous parler en face.
- On attend de vous un rang. Une famille au pays juge un retour à ce qu’on montre. Les cadeaux, la fête, la tournée, la participation aux cérémonies. Ne rien donner passe pour du mépris ; tout donner vous laisse à sec au retour.
- Le budget explose toujours. Un retour dans une famille au pays coûte deux à trois fois le prévu. Presque tous ceux qui m’écrivent dépensent deux à trois fois ce qu’ils avaient prévu, et rentrent en France avec un découvert.
- Et l’on repart en ayant vexé quelqu’un. Malgré tout cela. Parce qu’on n’a pas eu le temps de voir tout le monde.
Ce que je conseille avant de prendre l’avion
- Fixez votre budget avant de partir, et gardez le retour à part. Ce qui sert à rentrer ne se touche pas, quoi qu’il arrive.
- Prévenez que vous venez pour voir, pas pour distribuer. Dit à l’avance et une fois, cela passe. Découvert sur place, cela blesse.
- Passez par votre interlocuteur habituel. Celui qui reçoit et répartit. Il connaît les urgences réelles mieux que vous.
- Donnez du temps, pas seulement de l’argent. C’est ce qu’une famille au pays retient. Une visite à un ancien, un après-midi avec un neveu, une présence à une cérémonie. C’est ce dont on se souvient dix ans après.
- Allez saluer les anciens et les morts. Chez nous, celui qui rentre passe d’abord par là. Beaucoup de gens de la deuxième génération l’ignorent, et cela se remarque.
- Ne promettez rien sur place. Une famille au pays retient une promesse de fête pendant dix ans. Jamais, surtout un soir de fête. Ce qui est promis là-bas est retenu mot pour mot pendant des années.
Ce que vos enfants d’ici en retiennentLa part dont personne ne parle
Vos enfants nés ici voient ce que vous envoyez à votre famille au pays, et ils s’en font une idée que vous ne connaissez pas.
Ce qu’ils comprennent, et ce qu’ils comprennent mal
- Ils comptent, eux aussi. Vos enfants savent ce qui part vers la famille au pays. Ils savent qu’il n’y a pas eu de vacances, pas de nouvelle console, pas de sortie scolaire. Et ils savent où est parti l’argent.
- Ils ne connaissent pas ceux qui reçoivent. La famille au pays reste un nom au téléphone. Des noms au téléphone, des visages sur un écran. Difficile de se priver pour des gens qu’on n’a jamais serrés dans ses bras.
- Ils entendent les disputes. Sur ce qui part vers la famille au pays. Entre vous et votre conjoint, sur ce qui est envoyé. Beaucoup d’adolescents de la diaspora grandissent avec cette tension comme fond sonore.
- Ils finissent parfois par en vouloir au pays entier. C’est ce que je trouve de plus triste : des jeunes qui refusent d’y retourner, de parler la langue, d’en entendre parler.
Ce que je conseille aux parents
- Expliquez, une fois, sans dramatiser. Qui reçoit, pourquoi, et ce que cela représente. Un enfant qui comprend accepte ; un enfant qui subit en veut.
- Racontez qui sont ces gens. Votre famille au pays est leur histoire aussi. Ce que votre mère a fait pour vous, qui a payé votre voyage, ce qu’était votre vie là-bas. Ce n’est pas une leçon de morale, c’est leur histoire.
- Ne les mêlez jamais aux demandes. Ni pour traduire, ni pour transmettre un refus, ni pour justifier auprès du pays.
- Emmenez-les si vous le pouvez. Un enfant qui a vu sa famille au pays comprend tout. Une seule fois suffit souvent à tout changer. Ceux qui ont vu comprennent, ceux qui n’ont jamais vu ne comprendront pas.
- Et gardez une part pour eux. Leurs études, leur avenir. Ce n’est pas de l’égoïsme envers les vôtres : c’est ce qui permettra à leur tour d’aider un jour.
Les huit erreurs qui font le plus de dégâtsCe que je vois le plus souvent
Voici ce qui abîme durablement le lien avec une famille au pays.
- Ne jamais annoncer de montant. C’est l’erreur mère avec une famille au pays. L’erreur mère. Chaque demande devient alors une négociation, et chaque refus une blessure.
- Promettre pour avoir la paix. Un oui donné dans un moment difficile qu’on ne tiendra pas. Un non aurait fait moins de mal.
- Emprunter pour envoyer. Le point de bascule, celui qui détruit des vies entières des deux côtés.
- Cacher sa situation pendant des années. Puis s’effondrer d’un coup, sans que personne ait compris ce qui se passait.
- Envoyer à cinq personnes séparément dans la même famille au pays. Vous payez trois fois la même chose et personne ne le sait.
- Couper complètement. Cela règle un an et cela vous coûte votre famille au pays. Bloquer les appels, disparaître. Cela règle un an et cela vous coûte une famille.
- Répondre à une accusation par une autre. Sur les réseaux ou dans la discussion de groupe. Ce qui s’écrit là reste et circule.
- Ne rien garder pour soi. Vingt ans d’envois, aucune retraite, aucune économie. Celui qui se sacrifie ainsi devient à son tour une charge, et c’est le pire service à rendre aux siens.
Ce que je propose selon votre situationQuatre cas parmi ceux qui m’arrivent
Tous ceux qui me parlent de leur famille au pays ne reçoivent pas la même réponse de ma part.
Vous n’avez jamais annoncé de montant
Ce que je fais : je vous aide à fixer un chiffre et à choisir l’interlocuteur, et je n’engage rien. C’est ma réponse la plus fréquente, elle ne me rapporte rien, et c’est celle qui règle le plus de situations.
Vous empruntez déjà pour envoyer
Ce que je fais : je vous demande d’arrêter et de voir un travailleur social avant qu’on aille plus loin, et je n’accepte aucun paiement. Un pont effondré ne porte plus personne, ni vous ni eux.
Le lien est rompu et on vous accuse
Ce que je fais : c’est ici que mon travail sert. Nous cherchons ce qui n’a jamais été réglé depuis votre départ, souvent une bénédiction jamais demandée ou une promesse faite avant l’avion. Quand l’examen le montre, je conduis au temple les gestes qui referment un départ.
Vous voulez que j’agisse sur un proche
Ce que je fais : je refuse, et j’explique plutôt que de vous congédier. Un frère ou une mère ne se combattent pas. Puis nous parlons de ce que vous pouvez réellement poser, vous, et de la conversation à mener.
Ces quatre cas montrent comment je travaille : la même méthode pour tous, une réponse différente pour chacun, et jamais un rite conduit pour quelqu’un qui n’en a pas besoin.
Ce que racontent ceux qui m’écrivent aprèsHuit constats
Beaucoup de personnes me réécrivent des mois après m’avoir parlé de leur famille au pays. Voici ce qui revient.
- Annoncer un montant a tout apaisé. La famille au pays a cessé de demander séparément. C’est le retour numéro un, et de très loin. La conversation redoutée pendant des années a duré dix minutes, et les demandes séparées ont cessé.
- Un seul interlocuteur a divisé les appels par cinq. Et souvent réduit le total envoyé, sans que personne ne reçoive moins.
- Dire qu’ils étaient en difficulté a changé le regard. Là-bas, on ne savait pas. Beaucoup me disent que la famille a été plus compréhensive qu’ils ne l’imaginaient.
- La bénédiction n’avait jamais été demandée. Chez ceux où l’examen a montré quelque chose, c’est le motif le plus fréquent, et il datait du jour du départ.
- Ils avaient promis quelque chose avant de partir. Et l’avaient complètement oublié. Le nommer une fois a suffi à desserrer beaucoup.
- Le travailleur social a rééchelonné la dette. Chez ceux qui empruntaient pour envoyer. Gratuit, et personne ne savait que cela existait.
- Ils appellent leur famille au pays sans parler d’argent. Une fois par mois, juste pour prendre des nouvelles. C’est celui qui me touche le plus.
- Aucun ne regrette de n’avoir rien fait contre un proche. Y compris ceux qui étaient venus pour cela, en colère.
Une dernière chose, pour celui ou celle qui lit cette page en redoutant l’appel de dimanche. Vous n’êtes ni ingrat ni égoïste. Vous portez un pont, et un pont ne tient pas par la bonne volonté : il tient par trois piliers. Faites une chose cette semaine : décidez d’un montant que vous pourrez tenir même un mois difficile, et dites-le à une seule personne. Le reste viendra. Et si le lien est déjà rompu ou si quelque chose est resté ouvert depuis votre départ, écrivez-moi. Cela ne coûte rien.
Ce que je fais : je vous écoute moi-même et gratuitement, sans juger ce que vous donnez, je cherche avec vous quel pilier manque, j’examine par le Fâ ce qui est resté ouvert depuis votre départ, et je conduis au temple de Sakété les gestes qui referment un départ quand l’examen l’indique.
Mes règles : je n’agis jamais contre un membre de votre famille et je refuse ces demandes sans exception. Je ne dirai jamais qu’un proche vous prend délibérément. Je ne promets aucune rentrée d’argent, aucun travail, aucun remboursement. Je ne demande ni n’accepte le nom ou la photographie d’un tiers. Je ne promets rien avant l’examen, et je m’engage après. S’il ne montre rien que je puisse traiter, je vous le dis et je n’accepte pas votre argent. S’il montre quelque chose, je conduis le travail moi-même au temple de Sakété et je vous rends compte. Je n’annonce jamais de date : ce serait vous faire attendre un jour précis.
Marabout et prêtre vodun, initié par transmission familiale, plus de trente ans de pratique au temple de Sakété, consultations à distance depuis la France, la Belgique, la Suisse et le Canada. Apparaît comme prêtre vaudou dans un reportage de France 24 tourné à Gogotinkpon, le village de sa mère. Son parcours complet.
Questions fréquentesLes réponses courtes, sans détour
Comment aider sa famille au pays sans s’épuiser ?
En tenant les trois piliers : annoncer ce qu’on peut donner, le tenir exactement, et dire la vérité sur sa situation.
Faut-il dire non à sa famille ?
Dire non n’est pas rompre. Ce qui rompt, c’est le silence et les promesses non tenues, jamais un refus clair et annoncé.
Que faites-vous concrètement ?
Je cherche avec vous quel pilier manque, et j’examine ce qui est resté ouvert depuis votre départ.
Pouvez-vous agir sur un proche qui demande trop ?
Non, jamais. Un frère ou une mère ne se combattent pas, et ce qui les atteindrait vous atteindrait en premier.
Comment annoncer qu’on baisse ?
À une seule personne, avec un chiffre et une durée, sans se justifier longuement, et en tenant exactement ce qu’on a annoncé.
Que faire quand on n’a vraiment plus rien ?
Le dire, et arrêter d’emprunter pour envoyer. Un travailleur social ou une association budgétaire vous recevra gratuitement.
Que demandez-vous pour travailler ?
Votre nom, votre date de naissance et votre photographie, plus l’histoire de votre départ. Jamais rien concernant un proche.
Que promettez-vous ?
Je ne promets rien avant l’examen, et je m’engage après. Et je ne promets aucune rentrée d’argent.
Dites-moi comment vous êtes parti
Qui a payé, ce qui a été promis avant l’avion, et ce qui se passe aujourd’hui. Je réponds moi-même, l’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits, et je ne jugerai personne.
Gratuit · confidentiel · sans engagement · plus de trente ans de pratique au temple de Sakété.Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après.







