Guide de référence · lecture libre
Culte des ancêtres : les cinq dettes des vivants
Ce que l’on doit à ceux qui sont partis, et ce qui arrive quand cela manque
30+ années · Temple de Sakété · France 24 · Examen du Fâ gratuit
Dans ma tradition, un mort ne s’en va pas : il change de place. Je suis Maître Luc, à l’état civil Wêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ au temple de Sakété, au Bénin. Le culte des ancêtres est le cœur de ce que je pratique, et c’est aussi le premier motif de tous ceux qui m’écrivent d’Europe. Les vivants ont cinq dettes envers leurs morts, et une dette non tenue reste ouverte. Je vais dire lesquelles, ce qui arrive quand elles ne sont pas honorées, et comment on les rattrape à des milliers de kilomètres.
Écrit par Maître Luc, prêtre du vodun et bokonon du Fâ · à l’état civil Wêtê Agbonon · 30+ ANNÉES · 5 DETTES · TEMPLE FILMÉ · FRANCE 24 · lecture 32 MIN
Qui écrit
Maître Luc
Wêtê Agbonon à l’état civil · Prêtre du vodun, hounnon et bokonon du Fâ
Plus de trente ans de pratique au temple de Sakété, au Bénin
Ce guide est en lecture libre. Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après.
En résumé
Le culte des ancêtres ne consiste pas à adorer les morts. Il consiste à tenir cinq obligations envers eux : les nommer, les accompagner jusqu’au bout, leur garder une place, leur parler, et reprendre ce qui est resté ouvert.
Quand l’une de ces cinq manque, elle ne disparaît pas : elle attend. C’est ce que le Fâ met au jour le plus souvent chez les personnes parties vivre loin.
Tout cela se rattrape. Mon écoute et mon examen du Fâ sont gratuits, et je ne prends votre argent que si je peux agir.
Une distinction qui compte avant tout le reste
Le chagrin et la dette sont deux choses différentes. Ma tradition sait traiter des rites qui n’ont pas été faits. Elle ne sait pas alléger une douleur qui ne passe pas, et je ne prétendrai jamais le contraire.
Si un deuil vous tient depuis des mois, si vous ne dormez plus, si plus rien ne vous procure de plaisir, parlez-en à un professionnel du soin. Et si vous traversez des pensées noires, appelez le 3114 : il répond jour et nuit, gratuitement, et cela passe avant tout ce que j’ai écrit sur cette page.
Ce que vous allez lire
- Culte des ancêtres : les cinq dettes
- Ce que le culte des ancêtres n’est pas
- Pourquoi cette dette pèse plus qu’on ne croit
- Culte des ancêtres : la première dette, le nom
- Culte des ancêtres : la deuxième dette, l’accompagnement
- Culte des ancêtres : la troisième dette, la place
- Culte des ancêtres : la quatrième dette, la parole
- Culte des ancêtres : la cinquième dette, la réparation
- Culte des ancêtres à six mille kilomètres
- Les moments où cela se fait
- Transmettre à des enfants nés ailleurs
- Culte des ancêtres : ce que le Fâ met au jour
- Culte des ancêtres : comment cela se rattrape
- Ce que d’autres traditions prévoient
- Ce que je fais, moi, au temple
- Dix questions sur le culte des ancêtres
- Mon engagement
- Questions fréquentes
Culte des ancêtres : les cinq dettes
Ce qui se doit, et ce qui arrive quand cela manque
Dans le culte des ancêtres, le mot dette surprend, et je l’emploie exprès. Dans ma tradition, ce qui lie les vivants aux morts n’est pas un sentiment : c’est une obligation, et une obligation se tient ou ne se tient pas.
Ce n’est pas une charge. C’est ce qui fait qu’une lignée continue, et c’est aussi pour cela qu’on peut la solder même très tard. Voici les cinq.
Aucune de ces cinq dettes ne se périme. C’est le point le plus important de ce guide et celui qui soulage le plus de gens : ce qui n’a pas été fait il y a vingt ans peut être fait aujourd’hui. Ma tradition est une tradition de réparation, pas de condamnation.
Ce que le culte des ancêtres n’est pas
Quatre corrections, avant d’entrer dans le détail
Comme pour le reste de ma religion, il faut d’abord retirer ce qui encombre. Voici ce que le culte des ancêtres n’est pas, et que l’on m’attribue régulièrement.
- Le culte des ancêtres n’est pas de l’adoration. On ne prie pas ses ancêtres comme on prie une divinité. On leur parle comme on parle à des aînés de sa famille : avec respect, avec des demandes parfois, et avec la franchise qu’on doit aux siens.
- Ce n’est pas de la nécromancie. Je ne fais pas parler les morts et je ne transmets pas leurs réponses. Je verse des libations en les nommant, je leur adresse la parole, et cela s’arrête là.
- Ce n’est pas un culte des tombes. Ce qui compte n’est pas le lieu de sépulture mais la place qu’on leur garde. Beaucoup de gens n’ont pas accès à la tombe des leurs, et cela n’empêche rien.
- Et ce n’est pas réservé aux Africains. Presque toutes les cultures du monde ont eu des obligations envers leurs morts. La différence est que la mienne les a gardées explicites, avec des gestes nommés et un calendrier.
Ce qui distingue un ancêtre d’un mort
Précision utile pour comprendre le culte des ancêtres, parce qu’elle explique tout ce qui suit. Tout mort n’est pas un ancêtre. Un ancêtre est quelqu’un qui a été accompagné jusqu’au bout, dont les rites ont été faits, et qui a pris sa place. Un mort mal accompagné n’est pas devenu ancêtre : il est resté entre deux, et c’est cette situation-là que le Fâ met au jour.
Pourquoi cette dette pèse plus qu’on ne le croit
Six raisons, et aucune n’est superstitieuse
On me demande souvent pourquoi le culte des ancêtres occupe une telle place dans ce que je traite. La réponse tient à six choses, et je peux les formuler sans invoquer quoi que ce soit d’invisible.
- Parce que c’est irréversible. On peut se réconcilier avec un vivant, changer de travail, refaire une vie. On ne peut pas revenir à des funérailles auxquelles on n’est pas allé. Cette irréversibilité crée un poids qui ne se dissout pas avec le temps.
- Parce que personne n’en parle. Ceux qui vous entourent en France ne comprennent pas ce qui a manqué, et ceux qui comprennent sont au pays et vous en veulent peut-être. La personne reste seule avec cela pendant des années.
- Parce que cela se mêle à la culpabilité de partir. Beaucoup de gens portent déjà le sentiment d’avoir abandonné les leurs. Un décès pendant l’absence vient confirmer ce sentiment de la pire manière.
- Parce que cela ressurgit à chaque étape de la vie. Un mariage sans le père, une naissance sans la grand-mère, une réussite qu’on ne peut annoncer à personne. Le culte des ancêtres a précisément été fait pour ces moments-là.
- Parce que cela se transmet. Des enfants nés ailleurs héritent d’un silence dont ils ignorent l’origine. Ils sentent qu’il y a quelque chose sans jamais savoir quoi.
- Et parce qu’il existe une procédure. C’est ce qui distingue ma tradition d’un simple regret : il y a des gestes prévus, ils ont des formes, et ils peuvent être faits. Un regret ne se répare pas ; une dette, si.
Ce que je constate et que je ne cherche pas à expliquer
Les personnes qui font faire ces gestes me disent souvent, ensuite, que quelque chose s’est desserré. Je ne prétends pas savoir pourquoi. Un anthropologue dirait que le rite donne une forme à ce qui n’en avait pas ; je dirais que la dette a été tenue. Les deux descriptions valent, et je ne vais pas me battre pour la mienne.
Culte des ancêtres : la première dette, le nom
Ne pas les laisser s’effacer
La première obligation du culte des ancêtres est la plus simple et la plus négligée : savoir qui ils étaient et pouvoir les nommer.
Quand je conduis des libations pour quelqu’un, je nomme ses anciens. Je ne peux pas les nommer si personne ne me dit qui ils sont. C’est une des raisons pour lesquelles je demande le nom et la date de naissance de la personne : ce sont les fils par lesquels on remonte.
Ce que la distance fait à cette dette
- Les prénoms se perdent en une génération, et le culte des ancêtres avec eux. Des enfants nés en France connaissent leurs grands-parents par un surnom et ignorent leur nom complet. Ce n’est la faute de personne : personne ne l’a écrit.
- Les liens s’embrouillent. Qui était le frère de qui, qui a élevé qui. Dans des familles élargies, cela se transmettait par la parole, et la parole ne traverse pas les continents.
- Les dates du culte des ancêtres disparaissent. Beaucoup ne savent pas quand leur grand-mère est morte, ni quel jour on la mentionnait.
- Et personne n’ose demander. Par pudeur, par crainte de raviver, parce qu’on remet à plus tard. Les gens que j’entends le regrettent presque tous.
Ce que je conseille, et cela ne coûte rien
Appelez la personne la plus âgée de votre famille et demandez-lui les noms. Écrivez-les. Faites-le maintenant plutôt que dans dix ans, quand plus personne ne pourra répondre. C’est le conseil le plus utile de tout ce guide et il ne me rapporte rien.
Ce qu’une famille perd en premier, ce ne sont pas ses biens : ce sont les noms de ses morts.
Culte des ancêtres : la deuxième dette, l’accompagnement
Des funérailles conduites jusqu’au bout
C’est la dette la plus lourde du culte des ancêtres et celle qui revient le plus souvent dans mes examens.
Dans ma tradition, des funérailles ne se limitent pas à l’enterrement. Il y a une suite : des gestes à faire dans les jours, dans les mois, parfois à un an. Ces étapes accompagnent le mort jusqu’à ce qu’il prenne sa place, et un enterrement sans elles laisse le travail à moitié fait.
Pourquoi cette dette manque si souvent
- Parce qu’on n’a pas pu venir : première cause de rupture du culte des ancêtres. Un billet trop cher, un visa, un travail qu’on ne peut pas quitter, une annonce arrivée trop tard. C’est la première cause, et elle n’a rien à voir avec la volonté.
- Parce que les moyens manquaient pour tenir le culte des ancêtres en entier. Les cérémonies complètes coûtent, et une famille dispersée n’a pas toujours pu réunir de quoi les tenir.
- Parce qu’on a suivi au téléphone. Situation devenue banale : on assiste aux funérailles de son père par appel vidéo, à six mille kilomètres. Cela ne remplace pas la présence, et l’on garde le sentiment de n’avoir rien fait.
- Parce qu’un conflit a tout arrêté. Des disputes d’héritage, des rivalités, une famille brouillée. Les gestes n’ont pas été faits parce que personne ne s’est mis d’accord sur qui devait les faire.
- Et parce qu’on ne savait pas ce que le culte des ancêtres prévoyait. Beaucoup de gens nés ailleurs ignorent tout simplement ce qui aurait dû être fait. Personne ne le leur a jamais dit.
Ce que cela produit, et ce que cela ne produit pas
Ce que cela produit, dans ma lecture : quelque chose reste ouvert dans la lignée, et cela apparaît à l’examen.
Ce que cela ne produit pas : une malédiction, une punition, un mort en colère qui viendrait se venger. Je ne dirai jamais cela, et celui qui vous le dit vous prépare une histoire coûteuse. Un mort mal accompagné attend ; il ne se venge pas. La différence entre ces deux mots est toute la différence entre ma tradition et ce qu’on en fait payer.
Culte des ancêtres : la troisième dette, la place
Un endroit où l’on s’adresse à eux
Le culte des ancêtres suppose un lieu. Pas nécessairement une tombe : un endroit, dans une maison ou dans une cour, où l’on sait qu’on peut leur parler.
C’est ce que la migration défait le plus complètement. La maison familiale est au pays, souvent occupée par un frère ou vendue. L’appartement en France n’a rien de tel, et l’on se retrouve sans endroit où poser quoi que ce soit.
Ce que je réponds à cela
- Le lieu du culte des ancêtres peut être modeste. Un coin, une étagère, un endroit qu’on respecte. Ce n’est pas la taille qui fait la place, c’est la constance.
- Il peut être ailleurs, et le culte des ancêtres se conduit alors au temple. Quand quelqu’un ne peut rien tenir chez lui, les gestes se font au temple, ici, et je le lui écris. Cela ne remplace pas tout et cela vaut mieux que rien.
- Il n’a pas besoin d’être vu. Beaucoup de gens vivent avec un conjoint qui ne partage pas cela. Une place peut être discrète sans être secrète, et je ne conseille jamais de le cacher à quelqu’un qui compte.
- Et il ne demande aucun objet acheté. Personne ne devrait vous vendre le matériel d’un autel. Si l’on vous propose cela contre de l’argent, c’est un commerce.
Culte des ancêtres : la quatrième dette, la parole
Leur parler, et les tenir informés
Voici la dette du culte des ancêtres la plus étrange pour un lecteur européen, et la plus quotidienne chez nous.
On parle à ses morts. On leur annonce ce qui se passe : un mariage, une naissance, un départ, un commerce qui ouvre, un enfant qui réussit. Cela se fait à voix haute, en les nommant, et cela ne demande aucune cérémonie particulière.
Pourquoi cette parole compte
- Parce qu’une lignée n’est pas une liste de noms. C’est une relation qui continue, et une relation où l’on ne se dit plus rien pendant vingt ans s’éteint.
- Parce qu’annoncer, c’est reconnaître. Dire à son père qu’on s’est marié, même dix ans après sa mort, c’est reconnaître qu’il aurait dû être là. Beaucoup de gens pleurent en le faisant pour la première fois.
- Parce que cela remplace ce qui n’a pas pu être dit. Les brouilles non réglées, les mots durs de la dernière visite, les excuses jamais faites. Le culte des ancêtres offre un endroit où cela peut encore se dire.
- Et parce que cela ne demande personne. Vous n’avez besoin ni de moi ni d’un autre praticien pour parler à vos morts. C’est une chose que vous pouvez faire ce soir, seul, gratuitement.
Ce que je dis à ceux qui trouvent cela absurde
Il m’arrive de recevoir des personnes qui trouvent cette idée ridicule et qui la pratiquent quand même, parce que leur mère le faisait. Je ne cherche jamais à les convaincre.
Parler à quelqu’un qui n’est plus là fait du bien à celui qui parle, et cela n’a besoin d’aucune justification religieuse. Un psychologue le dirait autrement que moi et arriverait au même endroit. Je ne vais pas me disputer avec lui sur le vocabulaire.
Culte des ancêtres : la cinquième dette, la réparation
Reprendre ce qui est resté ouvert
C’est la dette la plus technique du culte des ancêtres et celle qui relève vraiment de mon métier. Les quatre premières, vous pouvez les tenir seul. Celle-ci demande des gestes précis.
Il s’agit de ce qui a été laissé en suspens et qui ne se referme pas tout seul : une parole prononcée devant les anciens, un engagement pris et jamais honoré, une bénédiction jamais demandée avant un départ ou une union.
Les quatre situations que je rencontre le plus
- Un vœu formulé un jour de peur, hors de tout culte des ancêtres. Une promesse faite pendant une maladie, un examen, un voyage dangereux. Elle a été formulée sincèrement, elle a été oubliée dès que la peur est passée, et elle reste.
- Une parole dure prononcée devant témoins. Une rupture, une brouille, un reniement dit devant la famille. Dans le culte des ancêtres, une parole prononcée devant les anciens ne s’annule pas toute seule : elle se reprend, avec des gestes.
- Une bénédiction jamais demandée. Avant un départ à l’étranger, avant une union, avant une installation. Très fréquent chez ceux qui sont partis vite ou fâchés, et j’y consacre un guide entier.
- Et un mort qu’on a laissé partir sans se réconcilier. Le plus lourd des quatre. Quelqu’un meurt pendant une brouille, et il n’y a plus personne en face pour accepter des excuses.
Le cas de celui qui est mort fâché avec vous
Je le traite à part parce qu’il fait le plus mal. On me demande souvent si l’on peut se réconcilier avec quelqu’un qui n’est plus là.
Ma réponse est oui, et elle ne dépend pas de ce que vous croyez. Dans ma tradition, cette réparation se fait par des gestes conduits pour lui, en son nom, devant ceux de sa lignée. Ce n’est pas une consolation psychologique que je vous propose : c’est une procédure, elle existe, elle a ses formes, et je la conduis.
Culte des ancêtres à six mille kilomètres
Ce que la migration défait, dette par dette
Presque tous ceux qui m’écrivent d’Europe sont dans cette situation, et le culte des ancêtres y est plus difficile à tenir qu’ils ne le croient.
- Le nom se perd plus vite loin du pays. Une génération suffit quand personne ne raconte plus.
- L’accompagnement du culte des ancêtres devient partiel. On envoie de l’argent pour les funérailles sans y assister. On participe sans être présent, et cette moitié de présence pèse plus longtemps qu’on ne l’imagine.
- La place n’existe plus. La maison est au pays, l’appartement ici n’a rien.
- La parole s’espace. On y pense au moment des fêtes, puis moins, puis plus du tout.
- Et la réparation devient impossible seul. Les gestes doivent être conduits là où sont les anciens, et vous n’y êtes pas.
Ce que je ne dirai pas à ceux qui sont partis
Je ne dirai pas que vous avez failli. Personne ne quitte son pays de gaieté de cœur, et l’on ne part pas en calculant ce qu’on laisse derrière soi. Ceux qui vous accusent de n’avoir pas fait ce qu’il fallait n’ont pas payé les billets que vous n’aviez pas.
Ce que je dis, c’est que ce n’est pas fermé. Une dette qui n’a pas pu être tenue reste tenable. C’est exactement le sens de mon métier, et c’est ce qui m’occupe la plupart des semaines.
Les moments où cela se fait
Un calendrier, et pourquoi il aide plus qu’une bonne intention
Une des raisons pour lesquelles le culte des ancêtres se perd loin du pays est simple : personne ne rappelle les dates. Chez nous, le calendrier fait le travail à la place de la mémoire.
- L’anniversaire du décès. C’est le repère le plus universel et le plus facile à tenir depuis n’importe où. Notez-le, une fois, dans votre téléphone. Beaucoup de gens ne le connaissent plus, et c’est le premier symptôme d’une dette qui s’efface.
- Les étapes après les funérailles. Des gestes à quelques jours, à quelques mois, parfois à un an. Ce sont ceux qui manquent le plus chez ceux qui n’ont pas pu être présents.
- Les jours propres à une divinité ou à une maison. Ils varient d’un endroit à l’autre, et c’est ce qui rend impossible de donner une règle générale valable pour tout le monde.
- Les moments de la vie. Un mariage, une naissance, un départ, une installation. Ce sont des occasions d’annoncer, et ce sont celles qu’on regrette d’avoir laissées passer.
- Et janvier au Bénin. La fête des religions traditionnelles rassemble beaucoup de familles autour de leurs morts, et c’est le moment de l’année où l’on se rappelle le plus qui l’on est.
Ce que je réponds à ceux qui ont tout oublié
Il m’arrive de recevoir des personnes qui ne savent plus rien : ni les noms, ni les dates, ni ce qui a été fait ou pas. Elles arrivent avec de la honte, comme si elles avaient perdu quelque chose par négligence.
Je leur réponds toujours la même chose, et je la répète ici parce qu’elle vaut pour beaucoup de lecteurs. Vous n’avez rien perdu : on ne vous a rien transmis. Ce n’est pas la même chose, et la responsabilité n’est pas la vôtre. Une génération a quitté le pays dans l’urgence, une autre est née ailleurs, et personne n’a eu le temps de s’asseoir pour expliquer.
Ce que vous pouvez faire commence aujourd’hui, avec ce qu’il reste. Un prénom, une région, un métier, un souvenir d’enfance. C’est peu et c’est suffisant pour commencer.
Ce que je conseille à quelqu’un qui n’a aucun repère
Choisissez une date, une seule, et tenez-la. Peu importe laquelle, du moment qu’elle revient chaque année et que vous ne la manquez pas. Une obligation tenue une fois par an vaut infiniment mieux qu’une intention permanente qui ne se réalise jamais.
C’est le conseil le moins spectaculaire de tout ce guide, et c’est celui qui change le plus de choses chez les gens qui l’appliquent.
Transmettre à des enfants nés ailleurs
La question que me posent les parents, et elle est délicate
Beaucoup de gens qui m’écrivent ont des enfants nés en France, qui ne parlent pas la langue du pays, qui n’y sont allés qu’en vacances, et qui ne comprennent pas ce que leurs parents portent. Le culte des ancêtres se transmet mal dans ces conditions, et je vais dire pourquoi sans dramatiser.
- Parce qu’on craint de leur imposer. Des parents qui ont eux-mêmes reçu cela comme une évidence hésitent à le transmettre à des enfants qui vivent dans un autre monde. Cette hésitation est respectable et elle produit un silence.
- Parce qu’on ne sait pas quoi dire. Beaucoup de parents pratiquent sans pouvoir expliquer. Ils font ce qui se fait, et devant un enfant qui demande pourquoi, ils n’ont pas de mots.
- Parce que l’école et l’entourage disent autre chose. Un enfant qui entend parler de vaudou dans la cour de récréation avec des poupées et des zombies n’a aucune envie qu’on lui explique que sa famille en relève.
- Et parce que le sujet est associé à la mort. On repousse, on se dit qu’on en parlera plus tard, et plus tard arrive après le décès des grands-parents, quand les noms sont déjà perdus.
Ce que je conseille, et ce n’est pas religieux
Ne commencez pas par la religion, commencez par les gens. Racontez à vos enfants qui étaient leurs anciens : ce qu’ils faisaient, comment ils vivaient, une anecdote, un caractère. Un enfant retient une histoire, il ne retient pas une obligation.
La première dette du culte des ancêtres se transmet ainsi, sans qu’on ait besoin d’expliquer quoi que ce soit d’une religion. Le reste viendra si cela doit venir, et cela ne viendra peut-être pas, ce qui est leur droit.
Si vous voulez que nous regardions ce qui est resté ouvert dans votre lignée, écrivez-moi : l’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits, et je vous dirai franchement si je ne peux rien.
Culte des ancêtres : ce que le Fâ met au jour
Six choses qui apparaissent, et leur fréquence réelle
- Un mort mal accompagné, faute de culte des ancêtres tenu jusqu’au bout. Le motif le plus fréquent chez les personnes vivant en Europe. Des funérailles suivies au téléphone, une part de cérémonie sautée, un retour impossible.
- Un engagement pris et jamais honoré. Aussi fréquent que le précédent, et complètement oublié par la personne. On promet dans la détresse, on est soulagé, on passe à autre chose.
- Une parole donnée devant les anciens et jamais reprise. Une brouille scellée par des mots durs, souvent à propos d’un héritage ou d’un mariage.
- Une bénédiction jamais demandée. Avant un départ, une union, une installation. Presque systématique chez ceux qui sont partis fâchés.
- Une lignée dont plus personne ne sait rien. Ce n’est pas à proprement parler un manquement, et cela complique tout le reste : on ne peut pas nommer ce qu’on ignore.
- Et souvent, rien que je puisse traiter. Une vie difficile, un chagrin qui dure, une décision à prendre. Je le dis franchement et je n’accepte pas votre argent.
Les questions que je pose et que personne ne pose
Qui est mort dans votre famille ces dix dernières années. Avez-vous pu y aller. Que s’est-il passé exactement au moment des funérailles. Y a-t-il eu un conflit. Et à qui n’avez-vous pas pu dire au revoir.
Et celle que personne ne pose jamais : « qu’est-ce que vous n’avez jamais pu dire à quelqu’un qui n’est plus là ? »
Cette question ouvre plus de travaux que toutes les autres réunies. Il y a presque toujours une phrase, une seule, que la personne porte depuis des années. La dire au bon endroit est parfois tout ce qui manquait.
Culte des ancêtres : comment cela se rattrape
Ce que vous pouvez faire seul, et ce qui demande un prêtre
Voici la partie utile, et je la sépare en deux volontairement. Une grande part du culte des ancêtres ne demande personne, et je préfère vous le dire même si cela me coûte des consultations.
Ce que vous pouvez faire seul, ce soir, sans rien payer
- Réunir les noms : premier geste du culte des ancêtres. Appelez la personne la plus âgée de votre famille et écrivez ce qu’elle vous dit. C’est la première dette et elle se tient sans aucun intermédiaire.
- Garder une place, deuxième geste du culte des ancêtres. Un coin, une photographie, un endroit que vous respectez. Rien à acheter, rien à consacrer.
- Leur parler. À voix haute, en les nommant, pour leur annoncer ce qui s’est passé dans votre vie depuis leur départ. Cela ne demande aucune formule.
- Transmettre à vos enfants. Leur dire d’où ils viennent, qui étaient leurs anciens, ce qu’ils faisaient. C’est la manière la plus sûre d’éviter que la première dette se reperde à la génération suivante.
- Et vous réconcilier avec les vivants pendant qu’ils sont là. Le meilleur conseil que je puisse donner sur le culte des ancêtres concerne les gens qui ne sont pas encore morts.
Ce qui demande des gestes conduits
Dans le culte des ancêtres, la cinquième dette et une partie de la deuxième. Ce sont des gestes qui doivent être posés là où sont les anciens, dans les formes prévues, par quelqu’un qui a été formé pour cela. C’est ce que je fais au temple de Sakété.
- Les libations versées pour les anciens de votre lignée, cœur du culte des ancêtres. On verse en les nommant, on leur parle, on reprend ce qui avait été laissé sans réponse.
- Les prières adressées aux vodun de ma maison. Elles s’adressent à mes divinités, pas aux vôtres et pas à votre Dieu, et j’explique ce point dans le guide sur la religion.
- Les offrandes déposées. Leur nature dépend de ce que l’examen a montré. C’est la part qui coûte réellement de l’argent.
- Et la veillée, quand le cas la demande. Elle ne se propose pas pour gonfler un travail, et je ne la conseille que lorsqu’elle est nécessaire.
Ce que d’autres traditions prévoient
Une remarque d’observation, sans aucune leçon
Je fais cette remarque en observateur, sans prétendre expliquer à quiconque sa propre foi, et parce qu’elle aide beaucoup de gens à y voir clair.
Presque toutes les traditions que je connais prévoient une forme de culte des ancêtres et des obligations envers les morts, qui ressemblent aux cinq dettes dans leur fonction. Des prières dites pour les défunts, des dates où l’on se souvient, des visites aux tombes, des repas de mémoire, des délais de deuil.
- Je n’en conclus pas que les traditions sont interchangeables. Elles ne le sont pas, et prétendre le contraire pour vendre est un abus que je décris ailleurs.
- Je n’en conclus pas que votre religion vous autorise à me consulter. Cette conclusion appartient à ceux qui sont qualifiés dans votre tradition, pas à moi.
- J’en conclus une chose utile. Ce que vous cherchez chez moi existe peut-être aussi chez vous, et il vaut la peine de commencer par là.
- Et je le dis en pratique. Il m’est arrivé plus d’une fois de renvoyer quelqu’un vers son propre prêtre ou son propre imam. Ces personnes ne sont pas revenues, et c’est très bien.
Ce que je fais, moi, au temple
Concrètement, et à ma place
Je m’appelle Maître Luc, Wêtê Agbonon à l’état civil. Je suis prêtre du vodun, hounnon, et bokonon du Fâ, initié dans ma famille, et je travaille au temple de Sakété depuis plus de trente ans. On m’écrit d’Europe en cherchant un marabout : c’est le mot qu’on emploie là-bas, et je précise à chaque fois qu’un marabout est au sens strict une figure de l’islam ouest-africain, ce que je ne suis pas. Le mot marabout sert donc de porte d’entrée, et je corrige derrière.
J’interroge le Fâ sur ce qui est resté ouvert
L’examen porte sur vous, sur votre lignée et sur les lieux qui vous concernent. Il ne prédit pas votre avenir : il indique ce qui, derrière vous, n’a pas été refermé. Le déroulement est décrit dans le guide de la consultation du Fâ. Cet examen est gratuit.
Je vous dis franchement quand cela ne relève pas de moi
C’est la partie de mon métier dont je suis le plus fier. Un chagrin qui ne passe pas relève d’un professionnel du soin, pas d’un rite, et je le dis sans détour. Quand l’examen ne montre rien que ma tradition sache traiter, je le dis aussi, et je n’accepte pas votre argent.
Et je conduis les gestes quand il y a lieu
Prières adressées aux vodun de ma maison, offrandes déposées, libations versées pour les anciens de votre lignée, veillée quand le cas le demande. Puis je vous écris ce qui a été conduit, quel jour, et pour qui.
Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après. Je ne prends votre argent que si je peux agir.
On verse en les nommant. C’est votre lignée qu’on appelle, et c’est pour cela qu’il me faut les noms.
Dites-moi qui vous n’avez pas pu accompagner
Même si c’était il y a vingt ans, même si vous ne savez plus les noms. Je réponds moi-même, l’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits, et je ne vous demanderai rien tant que je n’aurai pas vu si je peux agir.
Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après.
Dix questions sur le culte des ancêtres
Les réponses courtes
- Faut-il connaître les noms pour que le culte des ancêtres serve ? Cela aide beaucoup. Quand ils manquent, on travaille avec ce qu’il y a, et il faut le dire d’emblée.
- Peut-on rattraper des funérailles vieilles de vingt ans ? Oui. Aucune de ces cinq dettes ne se périme.
- Faut-il aller sur la tombe ? Non. Ce qui compte est la place qu’on leur garde, pas le lieu de sépulture.
- Peut-on tenir le culte des ancêtres depuis l’étranger ? Les quatre premières dettes, oui, seul. La cinquième demande des gestes conduits sur place.
- Un mort peut-il se venger ? Je ne dirai jamais cela. Un mort mal accompagné attend, il ne punit pas.
- Faut-il être initié pour parler à ses morts ? Non, absolument pas. C’est une chose que chacun fait chez soi.
- Faut-il acheter du matériel ? Non, et personne ne devrait vous vendre le matériel d’un autel.
- Et si ma famille ne pratique plus ? Cela ne vous interdit rien. Beaucoup de gens reprennent seuls ce que leurs parents avaient laissé.
- Est-ce compatible avec ma religion ? Ce n’est pas à moi de le dire. Posez la question à quelqu’un de qualifié dans votre tradition.
- Et si le chagrin ne passe pas ? Cela relève d’un professionnel du soin, et je vous y orienterai.
Mon engagement
Ce que je fais : je vous dis d’abord ce que vous pouvez faire seul et gratuitement. J’interroge le Fâ sans rien demander. Je conduis les gestes moi-même quand il y a lieu. Et je vous écris ce qui a été fait, quel jour, et pour qui.
Mes règles : je ne dis jamais qu’un mort se venge. Je ne fais pas parler les morts. Je ne vends aucun objet ni aucun matériel. Je ne travaille sur personne qui n’a rien demandé. Je ne désigne aucun coupable. Je n’annonce aucune date. Et je n’accepte pas l’argent de quelqu’un dont la difficulté relève d’un professionnel du soin.
Je ne promets rien avant l’examen, et je m’engage après. S’il ne montre rien que je puisse traiter, je vous le dis et je n’accepte pas votre argent. S’il montre quelque chose, je conduis le travail moi-même au temple de Sakété et je vous rends compte. Je n’annonce jamais de date : ce serait vous faire attendre un jour précis.
Maître Luc
Wêtê Agbonon à l’état civil · Prêtre du vodun, hounnon et bokonon du Fâ, Sakété, Bénin
Prêtre du vodun initié par transmission familiale, plus de trente ans de pratique au temple de Sakété, consultations à distance depuis la France, la Belgique, la Suisse et le Canada. Apparaît comme prêtre vaudou dans un reportage de France 24 tourné à Gogotinkpon, le village de sa mère. Son parcours complet.
Questions fréquentes
Les réponses courtes, sans détour
Qu’est-ce que le culte des ancêtres ?
Le culte des ancêtres tient en cinq obligations envers ceux qui sont partis : les nommer, les accompagner jusqu’au bout, leur garder une place, leur parler, et reprendre ce qui est resté ouvert.
Est-ce que l’on adore les morts ?
Non. On leur parle comme à des aînés de sa famille. Ce n’est ni de l’adoration ni de la nécromancie.
Peut-on rattraper des funérailles anciennes ?
Oui : le culte des ancêtres se rattrape, même vingt ans après. Aucune de ces cinq dettes ne se périme : c’est une tradition de réparation.
Un mort mal accompagné peut-il nuire ?
Il attend, il ne se venge pas. Celui qui vous dit le contraire vous prépare une histoire coûteuse.
Que puis-je faire seul, sans rien payer ?
Réunir les noms, garder une place, leur parler, transmettre à vos enfants. Quatre dettes sur cinq ne demandent personne.
Faut-il acheter des objets ?
Non. Personne ne devrait vous vendre le matériel d’un autel. Si on vous le propose, c’est un commerce.
Et si je ne connais plus les noms ?
On travaille avec ce qu’il y a, et je vous le dis d’emblée. Commencez par appeler la personne la plus âgée de votre famille.
Et si mon chagrin ne passe pas ?
Cela relève d’un professionnel du soin, pas d’un rite. Et si vous traversez des pensées noires, appelez le 3114, jour et nuit.
Commencez par les noms, ce soir
Appelez la personne la plus âgée de votre famille et écrivez ce qu’elle vous dit. Ensuite, si vous voulez que nous regardions ensemble, écrivez-moi : l’écoute et l’examen du Fâ sont gratuits.
Gratuit, confidentiel, sans engagement, plus de trente ans de pratique au temple de Sakété. Je ne m’engage qu’après l’examen du Fâ. Quand je m’engage, je conduis le travail moi-même, jusqu’au bout, et je reste joignable après.
Maître Luc · Wêtê Agbonon · Temple de Sakété
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